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30 ans après son titre de champion de France, Jean-Marie Touati n'a rien oublié 

 
 
 

Le Verquigneulois Jean-Marie Touati arbore toujours fièrement sa première ceinture chez les pros.

 

Touati, ce nom est à jamais gravé dans l'histoire de la boxe. Le Béthunois Jean-Marie Touati a découvert la boxe un peu par hasard et a gravi les échelons un à un jusqu'au titre de champion de France, qu'il a décroché à plusieurs reprises au milieu des années 80.

Trente ans après sa première ceinture de champion de France, le Béthunois revient sur ce combat mémorable du 19 avril 1984.

Trente ans après sa victoire héroïque un certain 19  avril 1984, Jean-Marie Touati a encore en mémoire chacun des onze rounds qu'il a disputés face au champion de France en titre, le Provençal Brahim Messaoudi. Et quand il lui arrive d'avoir un doute, il se plonge dans l'un de ses cahiers dans lesquels est regroupée toute sa carrière par le prisme des articles de journaux. « Je ne savais pas que j'allais faire carrière dans la boxe, mais naturellement, dès mes premiers combats, j'ai eu le réflexe de conserver les coupures de presse. Au début, c'était deux ou trois lignes, puis avec les victoires ça a vite pris de l'importance », souligne-t-il.

Jean-Marie Touati se rappelle : « Si je me suis mis à la boxe, c'est un peu par hasard. J'avais 16 ans et je devais faire un sport. À l'école, on avait un prof de sport, Pierre Fontaine, qui nous a initiés à la boxe. Et je me suis pris au jeu. » C'est là qu'il passe les gants pour la première fois au début de l'année 1973. Il ne pèse alors que 45 kg. « Je n'ai jamais pensé qu'un jour je serais champion de France », précise ce gaucher que Jean-Marie Leblanc - alors journaliste - présentait comme « un boxeur impavide au visage vide d'expression ».

Avant de se présenter sur le ring d'Aix-en-Provence devant 3 000 personnes pour ce combat face à Messaoudi, le jeune Béthunois avait déjà fait un sacré bout de chemin. Des titres, il en avait déjà glané bon nombre : champion des Flandres à trois reprises, multiples titres en amateurs et même une participation à un France-Danemark avec l'équipe de France.

Pourtant, c'est quand il passe professionnel que sa carrière prend un nouvel élan. « J'ai franchi le rubicond et suis devenu pro. » Ce 19 avril 1984, il monte sur le ring pour affronter le champion de France en titre, un certain Brahim Messaoudi, Marseillais qui affiche alors un bilan qui fait peur  : vingt-deux combats... et vingt-deux victoires. Le Béthunois a 28 ans, son adversaire 22 ans. « Je n'étais pas spécialement impressionné par ce boxeur. Je l'avais combattu en 1982 et j'avais perdu aux points, mais sur un combat en huit rounds. Là, on partait sur un douze rounds de trois minutes. Et comme je suis un diesel, la durée du combat pouvait être un avantage pour moi », évoque-t-il. 

Ce combat entre poids welters tiendra toutes ses promesses. Dans une salle totalement acquise à la cause du Marseillais, Jean-Marie Touati est soutenu par quatre spectateurs de son entourage. Pas de quoi lui faire peur : « J'ai gagné presque tous mes titres à l'extérieur devant une salle acquise à mon adversaire. Il faut dire qu'à Béthune, on n'avait pas un public de mordus de boxe pour organiser un tel championnat. » Puis, ce côté challenger lui convenait très bien. « Je n'avais rien à perdre et si je gagnais c'était un exploit ! » En cette mi-avril 1984, avant de partir à Marseille, Jean-Marie Touati vient d'être papa. Un premier beau cadeau, qui en annonçait un autre. « Ce n'était pas facile, car je dormais en bas pour ne pas être réveillé par les pleurs. » Pour en revenir au combat, il est le premier à monter sur le ring. Normal, il est dans la peau du challenger. « J'étais prêt mentalement. J'étais un boxeur très calculateur. Je savais que si je ne rentrais pas dans son jeu et que je tenais les premiers rounds, ça pouvait passer pour moi. » La suite lui donnera raison. Plus le combat avançait, plus il se sentait à l'aise. « La distance de douze rounds m'a aidé. Lors des quatre premiers rounds, j'étais en retard aux points. Au cinquième, je commence à revenir dans le match. Puis, il commence à baisser le pied et moi je monte en pression. Je prends l'avantage petit à petit. Je n'étais pas un frappeur, plutôt un styliste », raconte-t-il.

Victoire par KO 

 


Au huitième round, il envoie une première fois le champion de France en titre au tapis. De plus en plus costaud et avec des coups qui font de plus en plus mal à son adversaire, Touati sent qu'il peut remporter la victoire. Lors du 11e et avant-dernier round, le Béthunois assène un nouveau coup qui sera fatal au Provençal. « L'arbitre a arrêté le combat et j'ai gagné par KO », se souvient Jean-Marie Touati. Son adversaire, sonné, sera transporté à l'hôpital. Lui est déclaré champion de France, mais n'aura sa ceinture que quelques jours plus tard. « Ils étaient certains que Messaoudi garderait sa ceinture. Ils n'en avaient pas fait une pour moi. Ils me l'ont envoyée par colis. » « Avant de rentrer dans le nord, je suis passé à l'hôpital pour m'assurer qu'il se portait bien. On se respectait beaucoup », assure-t-il. Les deux boxeurs seront amenés à se retrouver et, cette fois, ce sera le Marseillais qui prendra l'avantage.
Trente ans après, Jean-Marie Touati assure qu'il « n'y a pas de nostalgie ». Sa ceinture de champion de France est dans la vitrine, à côté des autres trophées. De temps en temps, il se repasse le DVD de ce combat qui lui a ouvert les portes de la notoriété, « juste pour se rappeler (son) premier titre chez les pros ». Un combat gravé à jamais dans sa mémoire.